A lire, la préface de "Méditerranée, une mer assassinée"

08/10/2016 00:00

Dans une récente enquête d'opinion sur les enjeux de la présidentielle 2017, "la protection de l'environnement et la lutte contre le dérèglement climatique" et "l'encadrement du secteur de la finance" occupent les dernières places. 

Or, devons-nous rappeler que, sans environnement sain ni respect de la terre, un jour, il n'y aura même plus la possibilité de débats politiques sur quoi que ce soit ?  

A quoi cela sert-il de débattre du travail, des impôts, des religions, assis au milieu d'une poubelle géante ?

 

"Les gens feraient mieux de bosser sur eux, de faire du bien autour d'eux, de nettoyer la terre et de prier" (Sagesse de patient).

 

Pour rappel, le livre remarquable de Philippe Vergnes, pour tous ceux qui sont préoccupés par l'état des Océans et des Mers, avec pour exemple, notre absolue et indispensable Méditerranée.

Et aujourd'hui, en exclusivité, la préface qui l'accompagne... et que j'ai eu l'honneur d'écrire.

 

https://www.facebook.com/amemediterranee/ 

Pétition en ligne

 

"De quel droit, me direz-vous cher lecteur, vous autorisez-vous à préfacer un livre sur le désastre occasionné par la pollution en Méditerranée, sujet qui n’a, a priori, rien à voir avec vos travaux de psychologue ?

Eh bien, justement, si.

 

Philippe Vergnes, dans cet ouvrage complet, qui aborde tout à la fois les raisons, les aspects, et les conséquences de la pollution en Méditerranée, décrit un tableau apocalyptique tout autant que mû par une intentionnalité.

Il y aurait « assassinat » de la Méditerranée, dont il convient de déterminer les auteurs.

 

Etant spécialisée depuis toujours sur la psychologie du pouvoir, du pouvoir juste mais aussi du pouvoir déviant (paranoïa, harcèlement, manipulation etc.), je peux ainsi, par cette préface, contribuer à poser le problème.

 

D’autre part, étant d’origine corse par ma mère, de l’antique lignée des Girolami Cortona, qui remonte à la Grèce antique (Girolami provenant du grec « Hiéronymos », qui signifie celui qui est gardien du nom sacré, du code sacré permettant d’entrer dans les confréries ésotériques), je suis particulièrement concernée par l’histoire de la Méditerranée, qui est l’histoire de mes ancêtres, et l’histoire de la Corse, petite île ayant surpris plus d’une fois le monde.

 

Que nous dit Philippe Vergnes ?

Depuis des dizaines d’années, l’on pollue, avec la complicité des puissants, voire leur incitation, la Méditerranée, en pleine inconscience, si ce n’est en pleine malice.

La Méditerranée se meurt. Gravement. Il y a urgence. Aucun retour en arrière n’est désormais possible, il faut maintenant sauver ce qui peut encore être sauvé.

 

Or, la Méditerranée n’est pas une mer comme une autre. Elle aurait dû être de celles que l’on chérit le plus, car elle est le berceau de notre civilisation, l’endroit d’un brassage exceptionnel entre l’Orient et l’Occident.

Il existe un « génie » méditerranéen.


La Méditerranée a vu éclore l’écriture, la poésie (Homère, Eschyle…), l’histoire (Hérodote…), la médecine (Hippocrate…), la philosophie (Platon…), la démocratie, la politique, le droit, l’algèbre, l’alphabet, le commerce…

 

Autant de civilisations qui se sont nourries de l’échange.

Autant de dieux qui sont nés en Méditerranée, jusqu’aux monothéismes.

 

« Qu’il s’agisse des lois naturelles et des lois civiles, le type même de la Loi a été précisé par des esprits méditerranéens. Nulle part ailleurs la puissance de la parole, consciemment disciplinée et dirigée, n’a été plus pleinement et utilement développée »[1].

Paul Valéry

 

Alors, la Méditerranée assassinée est un symbole.

Elle est le symbole de la décadence de notre civilisation occidentale, à l’image :

·      De l’Europe, qui est en réalité un totalitarisme masqué, anti-démocratique, qui assassine la Grèce, berceau de la démocratie, et créatrice du mythe d’Europe…

·      D’une parodie de justice, qui pervertit l’esprit des Lois

·      De pseudo démocraties qui cachent des totalitarismes plus subtils, ayant totalement dévoyé l’esprit de la démocratie

·      De l’abus sans cesse commis par l’Occident sur l’Orient, tout en retournant la culpabilité sur l’Orient

·      D’un commerce désormais fondé sur l’uniformité et la prédation, et non plus sur l’échange et le partage

·      D’un art satanique désormais promu par les « élites », comme cette exposition qui eut lieu en Corse, où le Christ baignait dans « l’urine et le sang de l’artiste »[2]

Etc.

 

Ce désastre illustre les pouvoirs déviants et les guerres toujours présentes en Méditerranée, auxquelles la France continue de participer.

 

Grèce, Chypre, Turquie, Syrie, Liban, Israël, Palestine, Egypte, Lybie, Tunisie, Algérie, Maroc, Portugal, Espagne, France, Italie, Malte, Croatie, Solvénie, Bosnie, Serbie Monténégro, Albanie

Macédoine… autant de pays qui ont connu le faste de la civilisation et sa chute barbare la plus effroyable, parfois.

 

Alors, ces pouvoirs qui deviennent déviants et entraînent les empires dans leur chute, harcèlent de par leur paranoïa, c’est-à-dire qu’ils nous annoncent toujours le contraire de ce qu’ils font, et que, se sentant persécutés par leurs peuples, ne se sentiront apaisés que lorsqu’ils auront tout détruit[3]. Allons-nous les laisser faire ? Cette paranoïa investit tout le système français actuellement, nous conduisant vers un totalitarisme qui nie tout ce qui est source de vie et pire, travaille à ce qu’il ne demeure surtout plus aucune source de vie. La paranoïa oeuvrant par idéologie et propagande dans toutes les sphères de la société, s’alliant à toute une logistique industrielle et financière de type pervers, il est essentiel désormais d’y voir clair, et c’est à cela que Philippe Vergnes nous convie, s’agissant des dégâts irréversibles commis en Méditerranée.

 

Quand je pense à la Méditerranée, je pense à cette « mer toujours recommencée »[4], ces rivages et ces empires, de la civilisation minoenne aux phéniciens, des étrusques à l’empire romain, des Pharaons égyptiens à Byzance, de la Perse antique à Bagdad et à l’Andalousie.

 

Pour faire avaler l’inepte concept de « choc de civilisation », il faut tuer la Méditerranée. Symboliquement, et réellement. Les deux font la paire. La Méditerranée est ce symbole de cultures hétérogènes, cette « pluralité de mers, de paysages, de civilisations « superposées »[5] coexistant dans leur histoire et partageant pourtant ce même soleil, cette même mer bleue, ces mêmes eaux cristallines par endroit, cette même végétation ancestrale de la vigne et de l’olivier, cette même lumière singulière qui vient frapper ses reflets sur la pierre. L’olivier. Symbole de la paix. « Mer du milieu », par son étymologie, elle est la mer de l’équilibre, de la juste mesure, du point d’harmonie parfait. Ainsi est le milieu, prôné par toutes les philosophies antiques. Mare nostrum. Notre mer. Notre mère. Mère suprême, dans l’Ancien testament.

 

La méditerranée est un lieu où s’est posée, de façon tragique, la question de la différenciation entre l’homme et les dieux, du masculin et du féminin, de l’animal et de l’humain, celle de la mort et de l’immortalité, celle des « hautes œuvres » que l’on fait pour l’humanité, qui survivront des siècles et des siècles après soi.

 

Alors, à l’heure où tout est consommable, périssable, vendable, prostituable, où l’on considère que c’est « après moi le déluge », Philippe Vergnes vient poser un principe de réalité. Nous nous devons de poursuivre les criminels. Nous sommes redevables d’un devoir de mémoire. Nous devons protéger ce qui reste de notre humanité, et cesser d’autoriser, par notre passivité, notre silence, et pour certains, notre complicité active, un tel assassinat, une telle démesure de « savants fous » qui n’ont aucune considération du vivant, et pratiquent leur science en pleine inconscience, et ruine de l’âme. Ces savants et ces psychopathes du pouvoir défient les dieux. Un jour, les dieux les puniront comme ils puniront tous ceux qui n’ont rien fait et rien voulu savoir.

 

Ariane Bilheran, normalienne, psychologue, docteure en psychopathologie, écrivain.

 


[1] Valéry, P.  « La méditerranée est une fabrique de civilisation », in Regards sur le monde actuel et autres essais – Paul Valéry, Œuvres, Paris.

[2] Cf. L’exposition « Piss Christ » en 2014, qui a suscité l’opposition des corses, devant si peu de révérence et tant de perversion.

[3] Bilheran, A. 2016. Psychopathologie de la paranoïa, Paris, Armand Colin.

[4] Valéry, P. 1920. « Le cimetière marin ».

[5] Braudel, F. 1949. La méditerranée, Paris, Flammarion, 1999.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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